Durée de conservation des images de vidéosurveillance : la règle, et ce que ta carte tient vraiment
Yannick Chartier — 3 août 2026
Il y a une question qu’on ne se pose jamais en achetant une caméra, et qui décide de tout : combien de temps est-ce que je garde ce qu’elle filme ?
Personne ne la pose parce que la réponse a l’air évidente. Elle ne l’est pas. Entre ce que dit la CNIL, ce qu’annonce le constructeur et ce que ta carte tient réellement, il y a trois chiffres différents, et c’est le troisième qui compte le jour où tu cherches une image.
Un mois maximum, quelques jours en pratique
Le cadre, lui, est simple. Sur sa fiche consacrée à la durée de conservation, la CNIL écrit que « cette durée ne doit pas dépasser 1 mois », et qu’« en général, conserver les images quelques jours permet d’effectuer les vérifications nécessaires en cas d’incident ».
Le même plafond revient partout ailleurs. Sur la page vidéosurveillance au travail, « conserver les images quelques jours suffit, sauf circonstances exceptionnelles ». Pour le particulier-employeur, « la conservation des images ne doit pas dépasser un mois, sauf cas particulier (procédure judiciaire, par exemple) ». Dans les immeubles d’habitation, « la durée de conservation des images ne devrait pas excéder un mois ».
Maintenant, l’honnêteté. Je ne suis pas juriste, et sur la page consacrée à la vidéosurveillance chez soi, je n’ai trouvé aucune durée chiffrée pour un usage strictement domestique. Elle n’y aborde la durée de conservation qu’au sujet du contrat passé avec une société de télésurveillance. J’ai relu ces quatre pages le 3 août 2026, et elles bougent : vérifie leur date avant de t’appuyer dessus. Donc : le mois est la référence partout où la caméra sort de la sphère privée, et pour la caméra qui ne filme que ta propre porte, la règle n’est pas écrite noir sur blanc. Si tu as un doute sur ton cas, c’est à la CNIL qu’il faut poser la question.
Ce qui est certain, c’est qu’il y a un plafond, et qu’il n’y a pas de plancher. Personne ne t’oblige à garder quoi que ce soit.
Personne n’atteint jamais ce mois
Un mois maximum, très bien. Sauf que dans les maisons où j’interviens, la question ne se pose jamais dans ce sens. Personne n’atteint le mois. On tourne à deux, trois, cinq jours, et l’utilisateur l’ignore.
Le client qui m’a mis sur ce métier avait six caméras et un enregistrement écrasé au bout de deux jours. Il l’a découvert après le cambriolage, en cherchant les images. Il pensait avoir un mois d’historique. Il avait 48 heures.
Fais le calcul de ton côté. Un week-end prolongé, c’est 3 jours. Une semaine de vacances, 7. Deux semaines en août, 15. Le cambriolage type ne se découvre pas dans l’heure : il se découvre en rentrant, valises à la main. Si ton système tient 5 jours, l’effraction du premier jour a disparu avant que tu ne poses le sac.
Chez un particulier, la question se retourne donc complètement. La loi pose un plafond dont personne ne s’approche, pendant que la technique installe un plancher beaucoup trop bas.
Le chiffre que personne ne publie
Là, je vais être direct sur ce que j’ignore.
Pour convertir une capacité en jours, il faut le débit d’enregistrement, en mégabits par seconde. Ce chiffre-là, presque aucun constructeur ne le publie sur sa fiche produit, et il varie en plus selon la définition retenue, le nombre d’images par seconde et l’encodage. Je n’ai pas ce chiffre pour les caméras du comparatif, donc je ne vais pas te sortir un tableau « 64 Go égale tant de jours ». Ce serait inventé.
Deux constats tiennent debout, en revanche.
Le premier : les durées annoncées par les marques portent sur des clips déclenchés, pas sur du continu. Quand Baseus indique 8 Go de mémoire intégrée sur sa Security B1 Solocam, à 61,33 €, et « environ un mois et demi d’enregistrements », ce mois et demi suppose une caméra qui dort et qui se réveille sur détection. Même logique chez eufy : le kit eufyCam 2C, à 147,72 €, stocke 16 Go dans sa HomeBase et annonce « environ trois mois d’enregistrements ». Trois mois de clips. Pas trois mois de vidéo.
Le second : bascule la même caméra en enregistrement continu, et la durée s’effondre. Une caméra qui filme 24 heures sur 24 produit largement plus de vidéo qu’une caméra qui enregistre 3 passages par jour. Le rapport exact dépend de ton débit, mais l’ordre de grandeur ne fait aucun doute.
D’où le conseil que je donne systématiquement : enregistre sur détection, pas en continu. Tu ne cherches pas à revoir ta porte fermée pendant huit heures. Tu cherches le moment où quelqu’un est passé devant.
Carte, base locale, cloud : ce que chacun te donne
Trois familles de stockage, trois contrats différents. Voilà ce que le comparatif contient réellement.
| Support | Ce qu’on trouve dans le comparatif | Ce que ça change |
|---|---|---|
| Carte microSD dans la caméra | Wolfang WS03 à 16,66 € (jusqu’à 128 Go), Tapo C220 à 24,16 € et Tapo C425 en lot de deux à 145,58 € (jusqu’à 512 Go), Reolink Video Doorbell WiFi à 84,07 € (jusqu’à 256 Go) | Capacité au choix, coût unique. Mais la carte est dans le boîtier : si on emporte la caméra, on emporte les images |
| Mémoire intégrée ou base locale | Baseus Security B1 Solocam à 61,33 € (8 Go), eufyCam S340 à 229 € (8 Go), eufyCam 2C à 147,72 € et eufyCam S300 à 297,95 € (16 Go dans la HomeBase), Reolink Home Hub avec deux Argus 3E à 179,21 € | La base reste à l’intérieur de la maison, hors de portée. Capacité fixe, sauf sur les modèles extensibles |
| Enregistreur réseau relié en PoE | Les cinq caméras PoE du comparatif, de 55,84 € pour l’Imou IPC-PS3EP-8Q0 à 674,97 € pour la Reolink Duo 3 PoE | Le seul montage où la durée se décide vraiment, en choisissant le disque. L’enregistreur est à part et se paie en plus |
| Cloud sur abonnement | Ring annonce jusqu’à 180 jours d’historique des événements vidéo sur ses trois formules | Les images survivent au vol de la caméra. Elles disparaissent aussi le jour où tu arrêtes de payer |
Une remarque sur la dernière ligne, et elle est amusante. Ring affiche jusqu’à 180 jours d’historique, soit six fois le mois que la CNIL retient comme plafond dans tous les contextes où elle en fixe un. Je n’en tire aucune conclusion juridique, ce n’est pas mon domaine. Je note simplement que le réglage par défaut d’un service commercial n’est pas calé sur la recommandation de l’autorité, et que c’est à toi de raccourcir si tu le souhaites.
La carte pleine, et ce que fait ta caméra à ce moment-là
C’est le réglage que je vérifie en premier quand j’arrive sur une installation existante, et c’est celui qui est le plus souvent mal réglé.
Quand le support arrive à saturation, une caméra fait l’une de deux choses. Soit elle écrase le plus ancien fichier et continue, ce qui te donne une fenêtre glissante de quelques jours. Soit elle arrête d’enregistrer, et à partir de ce moment-là tu as une caméra qui affiche parfaitement le direct et qui ne garde plus rien. Le voyant est vert, l’application fonctionne, l’image est nette. Il n’y a simplement plus d’enregistrement depuis six semaines.
Sur les modèles à carte, ce comportement se règle dans l’application. Va le vérifier, aujourd’hui, sur ta caméra actuelle. Puis relis une séquence datant de huit jours pour voir si elle existe encore. Ces deux gestes prennent quatre minutes et te donnent la seule information qui compte : ta vraie durée de conservation.
Le jour où tu en as besoin
Si quelque chose arrive, la fenêtre est courte et elle se referme toute seule.
Tu extraies les séquences du système avant que l’écrasement ne les recouvre, et tu les copies ailleurs, sur un ordinateur ou une clé. Les images utiles peuvent être extraites du dispositif et conservées aussi longtemps que la procédure disciplinaire ou pénale le nécessite, précise la CNIL. Tu prends large sur l’horaire, une heure avant, une heure après, parce que le passage repéré n’est pas toujours le bon. Tu ne retouches rien, tu ne recadres rien, tu ne montes rien : une image modifiée perd sa valeur.
Et tu le fais tout de suite. Pas le lendemain.
Ce que je conseille, sans détour
Vise une semaine de conservation glissante et cale ton matériel là-dessus. Sept jours, ça couvre un week-end prolongé et ça laisse le temps de rentrer d’un déplacement. Au-delà de deux semaines, tu accumules des fichiers que tu ne regarderas jamais, et tu t’approches du plafond que la CNIL retient partout où elle en fixe un.
Pour y arriver : enregistrement sur détection, écrasement automatique activé, capacité généreuse plutôt que juste. Sur une caméra qui accepte 512 Go, comme la Tapo C220 à 24,16 €, prendre petit pour économiser quelques euros n’a aucun sens. La carte est ce qu’il y a de moins cher dans toute l’installation, et c’est elle qui décide si tu auras une image ou pas.
Une dernière chose, et je la répète parce qu’elle me tient. Garder les images longtemps ne sert à rien si elles ne montrent aucun visage. Mon client avait ses images. Elles ne valaient rien. La durée est le deuxième problème, le cadrage reste le premier.
Questions fréquentes
Combien de temps peut-on conserver les images de vidéosurveillance ?+
La CNIL écrit que « cette durée ne doit pas dépasser 1 mois » et ajoute qu'« en général, conserver les images quelques jours permet d'effectuer les vérifications nécessaires en cas d'incident ». Ce plafond d'un mois, je l'ai trouvé formulé pour la vidéoprotection, le lieu de travail, les immeubles d'habitation et le particulier-employeur.
Cette limite d'un mois s'applique-t-elle à une caméra strictement privée ?+
Sur sa page consacrée à la vidéosurveillance chez soi, la CNIL ne donne aucune durée chiffrée pour un usage purement domestique. Elle ne parle de durée de conservation qu'au moment d'évoquer le contrat passé avec une société de télésurveillance. Je préfère te le dire franchement plutôt que de recopier un mois partout : sur ce point précis, la règle n'est pas explicite pour un particulier, et c'est à la CNIL qu'il faut la demander.
Combien de jours tient une carte microSD dans une caméra ?+
Impossible à te dire honnêtement, et c'est là que le sujet coince : presque aucun constructeur ne publie le débit d'enregistrement de sa caméra. Sans ce chiffre, la capacité en gigaoctets ne se convertit pas en jours. Ce qu'on sait, c'est que les durées annoncées portent sur des clips déclenchés par détection, pas sur un enregistrement continu.
Que se passe-t-il quand la carte est pleine ?+
Deux comportements possibles, et il faut vérifier lequel est actif. Soit l'écrasement automatique tourne, et la caméra efface le plus ancien pour continuer. Soit l'enregistrement s'arrête, et tu ne t'en aperçois qu'en cherchant une séquence qui n'existe pas. C'est le réglage que je contrôle en premier sur une installation existante.
Que faire des images après un cambriolage ?+
Tu les extraies immédiatement du système, avant que l'écrasement ne les recouvre, et tu les sauvegardes ailleurs. La CNIL indique que les images utiles peuvent être extraites du dispositif et conservées aussi longtemps que la procédure le nécessite. Copie datée, sans retouche, remise aux enquêteurs.
Faut-il enregistrer en continu ou seulement sur détection ?+
Sur détection dans presque tous les cas domestiques. Le continu remplit la carte en quelques jours et il n'apporte rien de plus : ce que tu cherches, c'est le moment où quelqu'un est passé. Le continu se défend sur une entrée très fréquentée, où la détection risque de rater le début d'une séquence.
